Grammaire et orthographe > Nos conseils

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« Présentation PowerPoint à 14 heures ; 250 personnes qui vont voir mes images, analyser mes graphiques et… lire mes légendes et mes textes. Aïe… Je crois qu’il y aura aussi le patron, le Big Boss, le ‘phénix de ces hôtes de ces bois’, comme dirait le grand Jeannot…  Et mon assistante qui choisit toujours le bon moment pour prendre ses petites RTT… Mais bon sang de bon sang de bonsoir : qui va me corriger mes fautes d’orthographe ?! Parce que des fautes, il doit y en avoir un  paquet ! Ils vont tous les repérer, c’est sûr ! Surtout le Big Boss, qui va noter, noter, noter, en m’adressant des sourires assassins… Ah… c’est râpé, c’est plié, c’est foutu ! Oh, mon Dieu… Je peux faire une croix sur ma prime… C’est ma femme qui va être contente, quand je vais lui dire que cette année, le village vacances au Sénégal, c’est mort ! Mort, mort, mort  et enterré ! ‘La situation internationale a évolué’ ?… ‘évoluée’ ? Ah… bon sang…  Mais il est où, mon dico ? ‘La campagne de mailings a démarré’ ?… ‘démarrée’ ? Ah… Si seulement j’avais le temps d’aller chez le libraire à midi, pour m’acheter un manuel de conjugaison… Et même… même… à quoi ça me servirait ? Hein ? Il y a tellement de modes et de temps et de formes et de combinaisons à la noix qu’il m’enduirait d’erreurs… qu’il m’enduirait en erreur… euh… qu’il m’induirait d’erreurs… en erreur… Ah ! Je ne sais plus. Je suis perdu. Comme Boudu. Mais lui, au moins, on l’a sauvé des eaux. Et moi ? Hein ? Qui va me sauver avant 14 heures ? Hein ? D’où viendra mon salut ? »

- Pourquoi n’essaierais-tu pas un site de correction en ligne ? Ça te dépannerait, en attendant une bonne séance de remise à niveau.

- Vous croyez ?

- Oui.

- C’est une idée… Ils sont rapides, ces pros de la correction ?

- Ils peuvent… Contacte-les et demande-leur.

- Pourquoi pas… Mais… attendez un peu… Qui êtes-vous ? D’où vient cette voix ?

- Peu importe. Vas-y, fonce… Tu as encore le temps, avant 14 heures…

- O.K. Je me connecte. Merci !

- Au fait…

- Oui ?

- « La situation a évolué »… « La campagne a démarré »… c’est un « é », à la fin.

- Ah bon ? Et pourquoi ?

- Il n’y a pas de COD.

- Pas de COD ?

- Pas de COD.

- Ah mon Dieu…

- A qui le dis-tu !

- C’est une révélation.

- On en a vu d’autres…

- Ça, alors… J’en reviens pas… Pas de COD… Thanks a lot, en tout cas !

- De rien, mon fils… euh… mon ami. De rien, mon ami…

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T.V.

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L’adjectif s’accorde avec le nom. C’est un fait. Ainsi, dans « Les jeunes Français adorent les hamburgers bien gras mais pas le cholestérol », on met des « s » un peu partout, parce que les jeunes Français sont nombreux et les hamburgers gras aussi. Comme dans cette phrase les noms qualifiés sont au pluriel, tous les adjectifs suivent, sans piper, de sorte que si l’on avait eu « Le cholestérol adore les Français bien gras mais pas les jeunes hamburgers », ça aurait été pareil : un « s » à « jeunes », et un autre à « gras ». De toute façon – toujours au singulier – on ne peut pas écrire « gras » autrement, alors que « grassouillet », si. Et « grasse » aussi, qui a plusieurs formes, dont celle-ci : « Les hamburgers adorent le jeune cholestérol mais pas les Françaises bien grasses ».

Donc, disions-nous, tous les adjectifs suivent. Ou presque – ce qui est parfaitement idiot, puisque si l’on écrit « tous », on n’a  pas à ajouter « presque ». C’est comme si on affirmait : « Tous les dinosaures sont morts, ou presque » – tout le monde sait bien que tous les dinosaures sont morts. Ou encore : « Tous les hommes politiques sont honnêtes, ou presque. » – tout le monde sait aussi que tous les hommes politiques sont honnêtes.

Alors reprenons : tous les adjectifs ne suivent pas. Certains se font remarquer, en quelque sorte. Et ça, c’est dérangeant, parce qu’on n’aime pas ceux qui se distinguent, qui ne font pas comme nous, qui s’habillent différemment, qui répugnent à porter ce genre de « s » que l’on met dans « des moutons dociles ».

Ces adjectifs qui se font remarquer, ce sont les adjectifs de couleur. On écrit ainsi : « L’abbé ne met jamais de soutanes orange » ; et il est vrai que si l’on mettait des « soutanes oranges », on se ferait vraiment remarquer. Restons donc discrets, revenons à nos moutons et rappelons les règles d’accord de ces mots assez singuliers.

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> Les adjectifs de couleur simples sont variables :

Ex. : « Qu’est-ce que c’est que ces trucs verts ? » demanda le petit garçon devant les épinards.

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> Les adjectifs de couleur composés (avec ou sans trait d’union) sont invariables :

Ex. : Une jeune femme aux yeux vert clair.

Ex. : Des tons gris-bleu.

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> Les adjectifs de couleur issus d’un nom – de fruit, de légume, de pierre, etc. – sont invariables :

Ex. : Des chemises orange (sens : « de la couleur du fruit, l’orange »).

(Exceptions : rose, écarlate, pourpre, mauve, violet, vermeil, fauve, incarnat, qui s’accordent).

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Quelques adjectifs de couleur invariables :

Abricot

Amande

Ambre

Anthracite

Ardoise

Argent

Auburn

Bronze

Carmin

Carotte

Cerise

Chair

Citron

Corail

Crème

Émeraude

Framboise

Fuchsia

Grenat

Indigo

Kaki (mot d’origine étrangère)

Lavande

Marron

Noisette

Ocre

Olive

Or

Orange

Pastel

Pêche

Pistache

Pivoine

Turquoise

T.V.

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Voilà quelques jours, nous déjeunâmes (veuillez nous pardonner cette forme surannée, qui sonne comme une faute de goût), nous déjeunâmes donc dans un merveilleux restaurant du « quartier chinois » de Paris, avenue d’Ivry. Le patron – le vénérable Monsieur Pham – nous tendit  lui-même les menus et nous pria surtout de ne point l’offenser en refusant l’apéritif maison.

– Acceptez, nous dit-il, ce misérable présent d’un misérable patron de restaurant… misérable.

Nous bûmes – un vrai délice.

Mais les choses se corsèrent quand nous jetâmes un (seul) œil à la carte. En plein milieu, écrits en lettres imitant des bambous verts, ces quatre mots anodins :

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CANARD LAQUEZ – CANARD SAUTEZ

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S’il ne nous avait offert son exquise boisson, peut-être aurions-nous osé dire à Monsieur Pham de faire preuve d’un peu de tenue, surtout au restaurant, où les clients n’ont pas à laquer le canard. Et encore moins à le sauter. Nous lui connaissions certes un côté facétieux ; de là à ce qu’il nous demande de… Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une invitation, un conseil, voire un ordre.

Prenons garde à ces choses-là, car elles peuvent nous emmener loin. Très loin. Jusqu’à la différence entre un participe passé et un impératif.

Le premier, utilisé seul (sans « être » ou « avoir »), n’a qu’une simple valeur d’adjectif, et s’accorde donc avec le nom. En l’occurrence ici, qu’est-ce qui s’accorde bien avec le canard ? Les nouilles et le riz cantonnais, certes, mais surtout les participes « laqué » et « sauté ». Il est comment le canard ? Il est « laqué ». Ou « sauté ». Ou les deux, si on veut. En tout cas, à chaque fois, il faut un « é ».

Le deuxième, évidemment, ne se termine pas par « é » mais par « ez ». Petit rappel des formes des verbes laquer et sauter à l’impératif présent :

Laque

Laquons (pas de gros mot ici)

Laquez

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Saute

Sautons

Sautez

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Lorsque nous demandâmes au vénérable Monsieur Pham s’il saisissait cette nuance « homophonique », il nous répondit, placide :

– Tout à fait bien : participe, « é », comme « homophoniqué » ; impératif, « ez », comme « homophoniquez ».

T.V.

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C’est toujours pareil : en France, au soir de chaque manifestation – c’est-à-dire tous les deux soirs – personne n’est jamais d’accord sur le nombre exact de participants. Et l’on reste pantois, le lendemain, devant les titres des journaux :

« 1,8 millions de manifestants d’après les syndicats »

« 700 000 manifestants d’après le gouvernement »

« 2 manifestants et demi d’après la police » (il est vrai que, parfois, les gars qui se frottent trop aux uniformes ne finissent pas les manifs entiers).

Là où nous, nous ne sommes pas tellement d’accord, c’est sur l’accord du mot « million ». Eh oui : le million, ça compte énormément, alors autant bien l’accorder.

En fait, c’est une simple question de logique. A partir de combien peut-on dire qu’on a affaire à un pluriel ? A partir de deux. Oui Monsieur. Si on n’est pas encore en présence de « deux », on doit se contenter du singulier. Aurait-on idée d’écrire : « L’automobiliste avait bu 1,5 litres d’eau avant de prendre le volant ? ». Non. Faudrait-il alors écrire : « L’automobiliste avait bu 1,5 litre de whisky  avant de percuter les piétons ? ». Oui, puisqu’on n’a pas encore « deux » litres, mais seulement un voyou qui mériterait de finir ses jours en prison.

Ne mettons donc pas de « s » à « million » quand on écrit « 1,8 million de manifestants… »

Même chose avec « milliard » et « millier », qui sont des noms : « 1,9 milliard d’euros pour les actionnaires ; 1,2 millier d’euros pour les agents de maintenance ».

En matière de grèves et de manifestations, tout est question de chiffres…

T.V.

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Voici comment Gustave Flaubert rédigea tout d’abord ce passage de Madame Bovary, dans lequel on devine les ébats, dans un fiacre, entre Emma et son amant Léon :

« Et sur le port au milieu, des camions et des barriques, et dans les rues au coin, des bornes, les bourgeois ouvraient de grands yeux, ébahis devant cette chose si extraordinaire, en province une voiture à stores, tendus, et qui apparaissait ainsi continuellement plus clause, qu’un tombeau et ballottée, comme un navire. »

« Inconscient que tu es ! » lui dit un jour son oncle Rolando Barthesio, qui tomba par hasard sur le texte en cherchant un prospectus de pizzeria dont il aurait pu décortiquer le style, forcément elliptique. « Ne vois-tu pas que des corrections s’imposent ? ».

La remarque ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd, puisque Flaubert entendait bien. Et après un travail acharné sur la ponctuation et les homophones lexicaux – tâche qui faillit l’emporter plusieurs fois d’épuisement –, le jeune apprenti écrivain remit cette 250e version à son intraitable mentor :

« Et, sur le port, au milieu des camions et des barriques, et dans les rues, au coin des bornes, les bourgeois ouvraient de grands yeux ébahis devant cette chose si extraordinaire en province, une voiture à stores tendus, et qui apparaissait ainsi continuellement, plus close qu’un tombeau et ballottée comme un navire. »

Il eut droit aux félicitations de l’oncle linguiste, et à un procès retentissant. Non pour usage fautif de la virgule, puisqu’il avait procédé aux corrections nécessaires ; mais pour outrage aux bonnes mœurs.-

T.V.

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Voici comment le jeune Charles rédigea tout d’abord ses Correspondances :

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La Nature est un temple ou de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe a travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

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Non content de fumer des fines fleurs de fenouil, au point de ne plus comprendre ce que lui disaient les piliers de la Nature transformée en temple, l’adepte des paradis artificiels négligeait ses accents. C’était grave, à l’époque.

« Non Charles, non ! », lui dit un jour sa mère, agacée par ces oublis. « Ou bien tu mets tes accents à tes à et à tes où, ou bien c’est à moi que tu auras affaire, en un seul mot et sans accent ».

« Menace efficace », pensa Charles, avec son sens inné des allitérations. Et c’est vrai qu’on a du mal aujourd’hui à trouver dans ses Fleurs des « a » pour des  « à » ou des « ou » pour des « où »…

T.V.

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Le français permet bien des combinaisons pour arriver à la formule juste, à la phrase parfaite, au Prix Goncourt décerné en 75 à Romain Gary, ou peut-être à Emile Ajar, ce qui revient au même.

Ainsi nos jeunes gens d’aujourd’hui disposent-ils, comme ceux d’hier, d’une belle et riche palette de mots pour exprimer leurs sentiments propres, leurs sentiments profonds. Comme la contrariété :

« Qu’est-ce tu m’fais l’bouffon ! T’es maboul ou quoi ? T’es toqué du ciboulot, ma parole ! Tu veux un coup de boule sur ta tronche de cake ou quoi ? C’est ça qu’tu veux, gros morveux ? T’es une grosse tête d’ampoule toi ! Clamecer tes yeux ronds, mon bouffon, d’humour me font !… »

La variété des termes et des apostrophes utilisés ici ne montre-t-elle pas clairement que le gars est contrarié ? Si. Arrêtez de pinailler.

Cette soif de beau langage, de grand art oratoire, de rhétorique, en somme, n’est évidemment pas nouvelle. Loin s’en faut. Voyez notre Monsieur Jourdain, qui, au XVIIe siècle, voulait étancher la sienne pour faire son joli devant la marquise Dorimène…

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Monsieur Jourdain. – Je vous en prie. Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.

Maître de philosophie. – Fort bien.

Monsieur Jourdain. – Cela sera galant, oui.

Maître de philosophie. – Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

Monsieur Jourdain. – Non, non, point de vers.

Maître de philosophie. – Vous ne voulez que de la prose ?

Monsieur Jourdain. – Non, je ne veux ni prose ni vers.

Maître de philosophie. – Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.

Monsieur Jourdain. – Pourquoi ?

Maître de philosophie. – Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer que la prose, ou les vers.

Monsieur Jourdain. – Il n’y a que la prose ou les vers ?

Maître de philosophie. – Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.

Monsieur Jourdain. – Et comme l’on parle, qu’est-ce que c’est donc que cela ?

Maître de philosophie. – De la prose.

Monsieur Jourdain. – Quoi ? quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?

Maître de philosophie. – Oui, Monsieur.

Monsieur Jourdain. – Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : Belle Marquise ; vos beaux yeux me font mourir d’amour ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.

Maître de philosophie. – Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…

Monsieur Jourdain. – Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

Maître de philosophie. – Il faut bien étendre un peu la chose.

Monsieur Jourdain. – Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode, bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.

Maître de philosophie. – On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.

Monsieur Jourdain. – Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?

Maître de philosophie. – Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour.

Monsieur Jourdain. – Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

Maître de philosophie. – Je n’y manquerai pas.

Molière, Le bourgeois gentilhomme (1670), acte II, scène IV.

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Le problème avec les fautes – avec ses propres fautes  –, c’est qu’on ne les voit pas… Et le correcteur orthographique non plus, parfois. Ou alors il en voit là où il n’y en a pas. Et là, on se mord la queue. Mais c’est un autre débat.

Prenez la phrase suivante : « nous nous sommes écrits ». Il y a une faute énorme, n’est-ce pas ? Eh bien, notre ami le robot ne souligne rien. Ni en vert, ni en rouge, ni en jaune fluo. Et si l’on écrit : « nous nous sommes écrit », il va souligner. C’est malin ! C’est gentil de créer le doute, comme ça. Merci les gars !  On va se poser des questions, maintenant. Surtout vous. On va ruminer, interroger son voisin. Mais il sera occupé à balayer sa cour et il nous répondra : « J’sais pas, j’men fous, j’écris jamais ». C’est vrai, il n’écrit jamais. Il passe son temps allongé devant sa télé à regarder ses séries débiles. Le seul petit moment de la journée où il daigne se lever, c’est pour aller balayer la cour, surtout quand elle est propre. Voilà bien un effet pervers des séries débiles : on en vient à balayer des cours quand elles sont propres. Mais c’est encore un autre débat…

Comme le voisin ne sait pas, on va voir un ami, qui travaille à l’hôtel des impôts, et on lui demande : « Mon ami, sais-tu comment l’on écrit, en tant qu’ami, nous nous sommes écrit ? » Là, on est doublement surpris. D’abord parce que l’ami nous répond : « T’as pas encore payé ton tiers provisionnel on t’a déjà écrit deux fois alors si tu payes pas tout d’suite j’te mets 10% en plus !». Et ensuite parce que le correcteur automatique ne souligne plus la faute dans cette phrase entre guillemets alors qu’il la soulignait plus haut. Essayez, vous allez voir. C’est à n’y rien comprendre, à vouloir se jeter du petit pont de bois qui enjambe la mare aux canards dans le bois de Vincennes.

A qui se fier ? Que faire ? Qu’écrire ? Où va-t-on ? Mais ou et donc or ni car ? On ne sait pas. On doute, comme Descartes qui, si on le suit, nous mènera tout droit vers Dieu. On nage dans l’incertitude, pour utiliser une métaphore surannée. Et comme on ne sait pas forcément ce que signifie « métaphore » et encore moins « surannée », il faudra encore déranger le voisin (« J’sais pas ! J’men fous ! ») ou consulter notre ami (« 10% de plus ! »).

Le mieux, parfois, pour voir où l’on en est du point de vue de l’orthographe et de la grammaire, c’est de faire un test. Comme quand on a passé la nuit avec quelqu’un rencontré sur le petit pont de bois qui enjambe la mare aux canards dans le bois de Vincennes. Ces tests sont fiables, en général, et gratuits. Ils ne font pas mal – il faut simplement se détendre au moment de commencer, prendre la vie du bon côté, boire un thé bien sucré. Mais si on se met à rimer, on aura tendance à différer, et donc à s’angoisser. Allez, osez !

T.V.

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Il n’est jamais trop tard pour suivre un stage d’orthographe. Prenez Monsieur Jourdain, le célèbre bourgeois avide de savoir : il n’était plus très jeune quand il fit appel, pour cela, à son… maître de philosophie ! Certes, le « maître » est devenu aujourd’hui un « coach », un « consultant » ou un « conseiller » ; et les « managers » ont remplacé les « gentilshommes ». Mais les fondamentaux du français écrit, eux, n’ont pas changé, près de trois siècles et demi plus tard…

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Souvenez-vous : dans la pièce de Molière, Monsieur Jourdain « engage » quatre « experts » : l’un en musique, l’autre en danse, un autre en maniement de l’épée, et le quatrième en philosophie. Voici un extrait où  celui-ci aborde avec son riche « stagiaire » des notions essentielles…

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Maître de philosophie. – Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?

Monsieur Jourdain. – Apprenez-moi l’orthographe.

Maître de philosophie. – Très volontiers.

Monsieur Jourdain. – Après, vous m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune et quand il n’y en a point.

Maître de philosophie. – Soit. Pour bien suivre votre pensée et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer, selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles ou voix : A, E, I, O, U.

Monsieur Jourdain. – J’entends tout cela.

Maître de philosophie. – La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : A.

Monsieur Jourdain. – A, A, oui.

Maître de philosophie. – La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut : A, E.

Monsieur Jourdain. – A, E, A, E. Ma foi, oui ! Ah ! que cela est beau !

Maître de philosophie. – Et la voix I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles : A, E, I.

Monsieur Jourdain. – A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !

Maître de philosophie. – La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.

Monsieur Jourdain. – O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.

Maître de philosophie. – L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.

Monsieur Jourdain. – O, O, O. Vous avez raison. O. Ah ! la belle chose que de savoir quelque chose !

Maître de philosophie. – La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les joindre tout à fait : U

Monsieur Jourdain. – U, U. Il n’y a rien de plus véritable : U.

Maître de philosophie. – Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U.

Monsieur Jourdain. – U, U. Cela est vrai. Ah ! que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela !

Maître de philosophie. – Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.

Monsieur Jourdain. – Est-ce qu’il y a des choses aussi curieuses qu’à celles-ci ?

Maître de philosophie. – Sans doute. La consonne D, par exemple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d’en haut : Da.

Monsieur Jourdain. – Da, Da. Oui. Ah ! les belles choses ! les belles choses !

Maître de philosophie. – L’F en appuyant les dents d’en haut sur la lèvre de dessous : Fa.

Monsieur Jourdain. – Fa, Fa. C’est la vérité. Ah ! mon père et ma mère, que je vous veux de mal !

Maître de philosophie. – Et l’R, en portant le bout de la langue jusqu’au haut du palais ; de sorte qu’étant frôlée par l’air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une manière de tremblement : Rra.

Monsieur Jourdain. – R, r, ra ; R, r, r, r, r, ra. Cela est vrai ! Ah ! l’habile homme que vous êtes ! et que j’ai, perdu de temps ! R, r, r, ra.

Maître de philosophie. – Je vous expliquerai à fond toutes ces curiosités.

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Molière, Le bourgeois gentilhomme (1670), acte II, scène IV.

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Grammaire et orthographe

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Attention à l’homophone courant « cour, cours, court »

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Voici quelques exemples d’emploi, à comparer avec vos propres phrases :

- Jouer dans la cour des grands.

- L’année en cours ; au cours de l’entretien…

- Suivre un cours d’italien.

- La hausse des cours du blé.

- Un court de tennis.

- S’offrir un court séjour dans l’espace.

- Elle court trop de risques

- Cours Forrest, cours !…

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